La toilette mortuaire musulmane (ghusl)
Étapes, matériel et linceul selon le Coran et la Sunna. Ce guide présente la pratique telle qu'enseignée par les textes authentiques ; en cas de doute sur une application concrète, rapprochez-vous d'un responsable religieux ou d'une association spécialisée.
Une obligation communautaire (fard kifaya)
La toilette rituelle est un fard kifaya, c'est-à-dire une obligation communautaire : si des membres de la communauté s'en chargent, elle n'incombe plus au reste des musulmans ; si personne ne s'en charge, toute la communauté est dans le péché. S'occuper des funérailles dans leur globalité relève de ce type d'obligation — le lavage du défunt fait partie des droits du musulman sur son frère.
Les étapes de la toilette
- Préparer le défunt et couvrir les parties intimes (la 'awra : du nombril aux genoux ; pour les femmes, on couvre généralement de la poitrine aux genoux par pudeur).
- Rincer le corps à l'eau tempérée pour réduire la rigidité cadavérique.
- Masser le ventre pour le vider des impuretés.
- Nettoyer les parties intimes, du haut vers le bas, puis rincer.
- Faire les petites ablutions (wudu) à l'eau claire.
- Faire les grandes ablutions (ghusl) — 3, 5 ou 7 fois selon l'état du corps, toujours en nombre impair.
- Mettre du coton dans les orifices (nez, bouche) si besoin.
- Appliquer du musc ou du parfum sur les 7 points de prosternation (front, mains, genoux, pieds). Pour les femmes, faire trois nattes avec les cheveux.
- Emmailloter le défunt dans le kafen (linceul).
Le Prophète ﷺ a dit, d'après Ummu 'Atiyya (rapporté par Al-Boukhari et Muslim) : « Commencez par ses parties droites et les membres qu'on lave dans les ablutions. » Il leur a aussi dit, alors qu'elles lavaient sa fille : « Lavez-la trois fois, cinq fois ou davantage si vous voyez que c'est nécessaire, avec de l'eau mélangée à des feuilles de jujubier, et mettez du camphre dans l'eau du dernier lavage. »
Le matériel nécessaire
- Musc solide et liquide, parfums, eau de rose
- Tabliers, gants de protection, gants de toilette, masques, alèses, serviettes
- Coton, pansements, ciseaux, coupe-ongles, brosse
- Pour les femmes : démaquillant, dissolvant
Cette liste est indicative : l'essentiel est d'embaumer le défunt de bonnes senteurs, ce qui peut se faire de différentes manières tant que la sunna de parfumer est respectée.
Le kafen (linceul) est une obligation
Le Prophète ﷺ a dit : « Portez des vêtements de couleur blanche, car c'est la meilleure des couleurs, et utilisez-les comme linceul » (rapporté par At-Tirmidhi et Abou Dawoud). Le Prophète ﷺ lui-même fut enseveli dans trois étoffes de coton blanc, sans qamis ni turban (rapporté par Al-Boukhari).
Le linceul est obligatoire : lorsque Mus'ab Ibn 'Omar fut tué à Uhud et que les compagnons ne trouvèrent qu'un manteau trop court, le Prophète ﷺ ordonna de couvrir la tête du défunt et de placer de l'idhkhir (une sorte de jonc) sur ses pieds (rapporté par Al-Boukhari et Muslim). En pratique, le linceul pour homme est traditionnellement composé de trois pièces d'étoffe blanche ; pour la femme, de cinq.
Qui peut laver le défunt ?
En pratique, la toilette est assurée par des personnes formées — membres de la famille, bénévoles d'associations spécialisées, ou personnel des chambres funéraires musulmanes. On lave en général une personne du même sexe ; les époux peuvent toutefois laver leur conjoint décédé. Si vous n'avez pas de personne formée dans votre entourage, des associations bénévoles spécialisées dans la toilette rituelle peuvent intervenir ou vous former, et les pompes funèbres musulmanes disposent souvent de leurs propres équipes.
La suite des démarches
La toilette intervient entre le constat du décès et l'inhumation — voir notre guide complet des démarches administratives. Une pompe funèbre musulmane peut organiser l'ensemble : trouvez-en une près de chez vous puis consultez le guide de la prière funéraire et les prières à venir sur notre carte.
Sources
- Sahih al-Boukhari, Livre des funérailles (Jana'iz), n°1254, 1255, 1264, 1276
- Sahih Muslim, Livre des funérailles, n°939
- Jami' at-Tirmidhi, n°994 — Sunan Abi Dawoud, n°4061
Ce guide présente la pratique la plus répandue ; des divergences mineures existent entre écoles jurisprudentielles (malikite, hanafite, etc.). Renseignez-vous auprès de votre entourage religieux local.